Portrait - interview

Ciceiro
Ciceiro, 78 ans - garimpeiro (chercheur de diamants) dans la Chapada Diamantina/Etat de Bahia au Brésil, 26 juin 2001
La rencontre

Lençois, mardi 26 juin 2001, 19 heures. Il fait nuit, la température est douce. La vie se déroule à l’extérieur : des groupes de jeunes discutent, des vieillards sont assis sur un banc en pierre devant leurs maisons, des enfants tapent dans un ballon le long d’une rue pavée. Toute une série de terrasses éparses et improvisées meublent l’espace public le temps d’une soirée.

Je me rends chez Ciceiro, au Nr 100 de la rua Miguel Calmon. Profession Garimpeiro (prospecteur de diamants) dans la Chapada Diamantina, dans l’état de Bahia. Quelques instants plus tard, je me trouve dans le haut de la ville devant une maisonnette aux volets bleus peints à l’huile. C’est tout d’abord une femme qui me reçoit avec un sourire encore ensoleillé malgré l’heure déjà avancée de la journée. Elle me fait patienter quelques instants dans une petite pièce d’environ 16 m2, le salon. Les murs, couleur grenat expriment l’usure du temps. Deux ouvertures, sans fenêtres donnent sur la rue pavée. Le sol est en ciment, de couleur bordeau. Un tapis dans les mêmes tons le recouvre partiellement. Deux fauteuils recouverts d’une couverture, quelques bibelots personnels, une chaine Hi-Fi, sont les seuls éléments du décor. A l’extérieur, un forro endiablé, vraisemblablement échappé de la radio d’un voisin anime tout le quartier.

L’homme qui vient à ma rencontre est trapu, solide et porte un débardeur vert bouteille ainsi qu’un pantalon de toile. Le cou est large mais court. Les yeux d’un noir profond, légèrement bridés et cerclés de gris, me font penser qu’il a déjà un certain âge. Les cheveux grisonnants contrastent avec la couleur foncée de sa peau.

« Je suis né à Lençois le 23 février 1923 et n’ai jamais quitté cette ville jusqu’à ce jour. Mon papa fut garimpeiro toute sa vie et j’ai moi-même commencé à chercher des diamants dans cette région dès l’âge de 15 ans. J’ai peu fréquenté l’école. Lire, écrire restent pour moi, à l’âge de 78 ans un mystère.

J’ai toujours travaillé pour mon propre compte, sans patron. J’aime la liberté. Ceux qui travaillent pour un patron recevaient en général une avance afin de pouvoir vivre durant 4 à 5 mois durant leurs prospections.

Contrairement à ce que l’on raconte souvent ici, il y a eu peu d’exploitation des garimpeiros par les patrons. Tout ce petit monde vivait en harmonie. Evidemment, il y a toujours eu beaucoup d’alcool, c’est une vie rude, difficile. On ne rentre pas chez soi tous les soirs, on vit dehors, on affronte les éléments. Alors évidemment, certains commencent à taquiner la cachaça et puis c’est la spirale. Moi, je n’ai jamais bu, jamais fumé. Par contre, j’ai beaucoup aimé les femmes, ce qui m’a d’ailleurs valu pas mal de problèmes tout au long de ma vie.

La vie de garimpeiro est une vie d’aventure. Une vie d’homme libre vivant dans la nature. C’est comme le poker, une fois qu’on y a gouté, il est difficile de faire autre chose. Je partais généralement du lundi au samedi. Je dormais dans des cavernes à proximité de la rivière. J’ai aperçu plusieurs fois des panthères et plus d’une centaine de fois certainement des serpents, Jiboia, cipo, cascavelha (crotale). J’ai eu beaucoup de chance, jamais d’accident, pas l’ombre d’une morsure. On raconte que lorsqu’on rencontre un cascavelha, le diamant n’est jamais très loin, mais je n’ai malheureusement jamais pu le vérifier.

Parfois, on ne trouvait pas le moindre petit diamant durant plusieurs mois et puis tout d’un coup on gagnait beaucoup d’argent, comme au jeu. Le diamant brut se distingue de toutes les autres pierres. Il est d’ailleurs beaucoup plus beau, à mon avis, brut que lapidé. Il en existe de toutes les couleurs jusqu’au noir. Le diamant vert est extraordinaire.

Aujourd’hui encore, je prends mon cheval tous les jours et je me rends à 10 km où je possède un cabanon au bord de la rivière. Je continue à chercher des diamants pour mon plaisir. Je n’arrive pas à m’arrêter.

J’ai profondément aimé ma vie d’aventurier. Je n’ai pas fait fortune, mais j’ai pu avoir une famille, j’ai réussi à élever nos six enfants et ma femme a accepté cette vie non programmée. Je pense que ce n’est déjà pas si mal.

L'interview

Quelles sont les choses les plus importantes dans votre vie actuellement ?
La paix intérieure et que la qualité de vie à Lençois continue de s’améliorer. Ce serait bien aussi d’avoir une pharmacie ainsi qu’un médecin.

Si vous en aviez l’opportunité, que changeriez-vous dans votre pays ?
La classe politique

Qu’est-ce que vous aimez particulièrement au Brésil ?
J’aime la paix qui règne ici, Il n’y a pas de conflit. Le gouvernement de Bahia aide beaucoup la population en comparaison du passé. Il n’y a pas si longtemps 50% des enfants mouraient. Mon père ne pouvait nous payer des chaussures, du papier, des livres, des habits ou de la nourriture.
Et j’aime la nature qui fait partie de mon existence

Trois qualités que vous appréciez particulièrement chez l’être humain en général ?
La détermination, le courage et l’intelligence. Le courage sans l’intelligence ne servait à rien dans notre métier. Il y a eu beaucoup d’accidents à cause de cela

Quel est votre principal défaut ?
J’en ai tellement (éclat de rire)

Vos 3 couleurs préférées ?
Vert, jaune et blanc

3 habitudes que vous pratiquez tous les jours quotidiennement et qui vous procurent du plaisir ?
Faire le chemin à cheval jusqu’à mon cabanon - prendre un bain froid dans le torrent - boire l’eau du torrent

Votre animal préféré ?
Le perroquet

Quel est votre rêve ?
Devenir riche. Cinq années de richesse correspondent à vingt ans de pauvreté. Je suis tout à fait prêt pour cela et ainsi, en surplus, je rajeunirai !


Portrait - interview

Ciceiro
Bhuwaneshwassi, 26 ans - cuisinière. Vit à Hampi dans l’état du Karnataka en Inde du sud, 25 décembre 2000
L'interview

Quelles sont les choses les plus importantes dans votre vie actuellement ?
La chose la plus importante pour moi actuellement, c’est que mon fils, qui est sourd de naissance, puisse apprendre à parler. J’aimerais aussi avoir de l’argent afin de pouvoir lui offrir des soins et que ma fille puisse aller à l’école et bénéficier d’une bonne éducation

Si vous en aviez l’opportunité, que changeriez-vous dans votre pays ?
Je changerai un peu la culture de ce pays. Je suis veuve depuis 3 mois, je suis jeune mais la caste dont je fais partie ne tolère qu’un seul homme dans une vie, donc pas de remariage possible ! C’est à ce niveau que j’apporterai certains changements

Qu’est-ce que vous aimez particulièrement en Inde ?
Mon peuple

Quelle chose changeriez-vous dans votre vie, si vous en aviez l’opportunité ?
La santé de mon fils

Trois qualités que vous appréciez particulièrement chez l’être humain en général ?
La générosité, la bonté et la douceur

Quel est votre principal défaut ?
L’orgueil

3 habitudes que vous pratiquez tous les jours quotidiennement et qui vous procurent du plaisir ?
Prier, me laver et masser mes cheveux avec de l’huile de coco

Quel est votre rêve ?
J’ai un seul rêve, jour et nuit, que mon fils puisse apprendre à parler